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Full text of "Discours prononcé aux obsèques de M.F.A. Longet le 7 décembre 1871 au nom de l'Académie de médecine"

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DISCOURS 


PRONONCÉ AUX OBSÈQUES 

DE M. F. A. LONGET 

LE 7 DÉCEMBRE 187 1 

AU NOM DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE 

PAH 

II. Hte Bon I^ARREl 


PARIS 

J.-B. BAILLIÈRE ET FILS 

libraibes de l’académie de médecine 

iO, rue HaïUefeuille, près du boulevard Saint-Germain 


U 


EXTRAIT DU BULLETIN DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE 
Séance du 12 décembre 1871. 



DISCOURS 

PRONOiNCÉ AUX OBSÈQUES 

DE M. F. A. LONGET 

LE 7 DÉCEMBRE 1871 (1), , ' 

AU NOM DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE 

Paü M. Hte «oa I^ARRKV 


Messieurs, 

C’est au nom de l’Académie de médecine que j’ai l’hon- 
îieuc de prendre la parole, devant la tombe de l’un de ses 
membres les plus éminents, jusqu’à ce qu’une voix plus 
éloquente ou plus autorisée que la mienne puisse rendre un 
plus digne hommage à sa mémoire. Je n’en ai accepté la 
tâche que par mon affection pour lui. 

Sa mort est cependant déjà loin de nous, car elle date de 
sept mois accompliSj efelle est survenue au milieu des dé¬ 
sastres de la France, hors dps murs de Paris, dévasté d’abord 
par les calamités de la guerre et profané ensuite par les 
horreurs de la commune. 

M. le docteur François-Achille Longet, membre de l’In¬ 
stitut (Académie des sciences) et de l’Académie de médçcinè, 
professeur de physiologie à la Faculté de Paris, associé ou 
correspondant de diverses Compagnies savantes nationales 
ou étrangères, médecin eu chef de la maison de,Saint- 
Denis et commandeur de la Légion d’honneur, était né le 
25 mai 1811, à Saint-Gerraain-en-Laye. 

. (1) Ce discours s’est réduit, comme les autres, à quelques mots, le Joiir 
des obsèques, à cause de l’intempérie de-la,saison. 



— 2 — 

Son père, modeste employé à la grande chancellerie, 
n’aurait pu faire les sacrifices nécessaires pour le bien élever, 
s’il n’y avait été aidé par le. .vif attachement d un trère 
aîné, simple fonctionnaire de TUniversité, et par la généreuse 
sollicitude de M®® de Laizeau, supérieure générale des mai¬ 
sons de la Légion d’honneur. • 

Ces soins si précieux pour l’éducation scolaire s’étendi¬ 
rent aux études supérieures du jeune Longet, redevable à 
une telle assistance, d’avoir abordé la carrière difficile des 
sciences médicales, pour y acquérir, un jour, une brillante 
célébrité. 

Suivons-le rapidement dans cette voie laborieuse, sans 
nous arrêter à ses débuts qui nous reporteraient trop loin, 
jusqu’à son entrée dans les hôpitaux, et notamment jusqu’à 
sou passage à l’Hêtel-Dieu, où les mémorables leçons de 
Dupuytren nous avaient rapproché l’un de l’autre, pour la 
première fois, 

Reçu, èn 1835, docteur en médecine de la Faculté de Pa¬ 
ris, Longet soutient sa thèse swr les exhalations sanguines des 
méninges- H s’applique.'dès lors à cultiver son goût prononcé 
pour l’anatomie et la physiologie, en commençant, l’année 
suivante, la longue série des travaux qu'il allait entre¬ 
prendre. 

11 dirige, dès le début, ses recherches vers le système 
nerveux, comme pour découvrir, dé prime abord, les pro¬ 
fonds mystères de l’organisme. Ce n’est pas seulement dans 
les livres ou dans la science acquise, ce n’est pas non 
plus seulement auprès des malades ou duns les cliniques, 
c’est encore sur les animaux, sur la nature animée, qu’il 
porte ses investigations,.à l’exemple des célèbres physiolo¬ 
gistes qui avaient précédé ou qui devaient suivre l’immortel 
Bichat. - ... 

n reconnaît aussi, que le plus sûr moyen d’apprendre 
soi-même est d enseigner aux autres, et, disciple de Magen¬ 
die, au Collège de France, il institue, à l’Ecole pratique de la 
Faculté de médecine, des cours particuliers qui obtiennent, 
pendant une dizaine d’années, î’un des plus grands succès de 



renseignement libre. L’influence du jeune professeur sur un 
auditoire aussi rapproché de son âge, fait déjà de lui un 
chef d’école ét devient le prélude des leçons qu’il devra pro¬ 
fesser plus tard dans une chaire oflicielle. 

Il s'attache dès lors, avec une constante activité, à la dé¬ 
monstration des découvertes physiologiques par la méthode 
expérimentale, 

M. Longet commence, vers 1839, et poursuit, pendant plu¬ 
sieurs années, l’examen des lois de Pexcitabilité dans les 
nerfs et des phénomènes de rirritabiiité propre ou directe de 
la fibre musculaire. 

Il démontre la persistance de la contraclitité dans les 
muscles, au delà dé là perte d’excitabilité de leurs nerfs mo¬ 
teurs, et confii me ainsi la doctrine de Haller sur l’indépén- 
dance de ees deux phénomènes. Il établit l’existence des 
nerfs mixtes et la classification des nerfs crâniens; U étudie 
spécialement Paction de l’électricité sur le système nèrveüx, 
et publie, dès 18â0, des expériences faites l’année précédente 
sur ce sujet, par lui et par Matteucci, de Puniversité dé Pise, 
Ce mémoire \û^\i\x\é i Rapports mtre lè s^ns du courant 
électrique et les contractions mmcûtaires dues à ce courant^ 
a pour but de prouver que l’influence du courant élec¬ 
trique diffère tout à fait, quand elle s’exerce sur les nerfs 
exclusivement moteurs, dont l’action n’est que centrifuge, ou 
séries nerfs mixtes, dont Paction est à la fois centrifuge et 
centripète. 

En 1841, paraissent ses recÂercÆes Sur 

ies^ conditions nécessaires à l’entretien et à, la manifestation de 
rirritdbilité 'musculaire, avec application à la pathologie; 
2" Sur les fondions de l'épiglotte et les agents d.e Vocclusion 
de la glotte dans la déglutition, le vomissement ef la ruminai- 
tion; 3° Sur les fonctions des muscles et des nerfs du larynx et 
sur rinfltience dja nerf spinal ou accessoiré de Willis dans la 
phonation ; 4“ Sur les propriétés et les fonctions d.es faisceaux 
de la moelle épinière ét dés raxines des nerfs rachidiens, avec 
un examen historique et 'critiqué des èxpérïèncès faites sur cés 
organes, depuis Charles Bell. ■ 



— h — 

Notre savant collègue a obtenu deux fois le prix Monlyon, 
à l’Académie des sciences, pour les travaux que nous venons 
simplement^d’énumérer, et pour les communications faites 
par lui, l’année suivante, sur la nature des mouvements pro¬ 
pres au poumon:, et sur une nouvelle cause d'emphysème pul¬ 
monaire. : . 

Dès la même année, en 18â2, il publie son premier ou¬ 
vragé, en deux volumes, avec planches, c’est-à-dire le Traité 
d’anatomie et de physiologie du système nerveux de Vhommé 
et des animaux vertébrés, œuvre alors tout à fait nouvelle, 
devenue inséparable du nom de Longet qu'elle révélait à la 
science, en fondant sa réputation en physiologie. 

. L’Institut accorda le prix .de physiologie de 3000 francs à 
cet important travail, qui obtint, presque en même temps, 
les.honneurs de la traduction .dans plusieurs langues. 

L’auteur ne s’applique pas seulement à faire connaître les 
résultats de ses ; propres expériences, il expose encore et 
contrôlé avec les siennes celles des autres, par les éléments 
multiples de l’anatouiie comparée, de l’anatomie anormale, 
de ranatomie pathologictue et de l’observation clinique. 

Il fait paraître, en iShk, ua mémoire sur la relation qui 
existe-entre le sens du courant‘ électrique et les contractions 
musculaires . dues à. ce courant; C’est le développement des 
expériences qu’il a entreprises.en 1839 avec Matleucci. 

\]m 'note .sur. l’hypothèse du courant électrique dans les 
nerfs complète les études antérieures de M. Longet, qui 
obtient; la même année, l’un des prix du concours de mé¬ 
decine et de chirurgie. 

Il élucide, en 1845, une question obscure de pathologie 
chirurgicale sur les plaies par instrument tranchant de la 
région postérieure du cou, en publiant son mémoire sur les 
troubles gui surviennent dans l'équilibration, la station et la 
locomotion, des animaux, après la section des parties molles 
de la nuque. 

Il insère dans les Archives, en 1847, des expériences rela¬ 
tives^ aux effets de l inhalation de l'éther sulfurique sur le 
système nerveux de l'homme et des animaux. Ces expériences 



sont d’autant plus intéressantes, qu’elles révélaient alors, 
dans le nouvel agent, un moyen précieux cüanalysft expéri¬ 
mentale, sans mutilation préliminaire ou sans opération 
sanglante sur les animaux, en même temps qu’elles fixaient, 
pour l’homme, les limites de l’anesthésie chirurgicale. 

. M. Longet produit encore, en 1847, un travail tendant à 
démontrer que le principe moteur de la respiration a. son 
siège dans le faisceau ^ris ou intermédiaire du bulbe rachi¬ 
dien; et il développe ce travail, en 1850, dans de nouvelles 
rechercher sur le siège du principe moteur de la respiration. 

. Il mentionne à part, Notice sur ses travaux, 

faits publiés.aussi, dès 1850, dans son Traité de physiologie, 
et relatifs; à scs investigations si ingénieuses, si concluautes 
sur \q^ pouvoir.ré fie xe.de la moelle épinière.' , . 

. Les expériences dè vivisection qu’il a entreprises à ce su¬ 
jet sont fort çurieuses, mais elles nepeuvent même être énon¬ 
cées ici. Elles se joignent à toutes celles de notre savant col¬ 
lègue, démoirtraut l’influence de là nioellé épinrèr® sur les 
contractioijs_;du cœur. Il reconnaît du reste et, proclame 
lui-mêmfe' la découverte de M. Claude Bernard-sur le phé¬ 
nomène remarquable de la seitsibilité'récürrentec 

Il s’associe, en 1852, à M. Masson, pour un long mémoire 
intïtùlé. ; Etud,esxxpérimmtalessur la voix etxurles causes de 
la production du son, dans les diver’S instruments de musique.^ 
Ses observations:sur là; {>kmologie .du 'larynx ont été con- 
fenées par:des-travauxiplus récents. 

Il indique,, en 1854, une propriété singulière de Y action 
du fluide séminal mr les cot'ps gras neutres, que l’huile- 
d’olive, formant avec ce fluide une émul«ion: lactescente. 

, Il fait connaître,, en 1855, de nouvelles.recherches relatives 
à Pactiondu suc gastrique sur les matières albuminoïdes. 

' Il publie, la même année, un autre écrit intitulé ; Zîmsm/- 
foeycmure de potassium considéré comnxe un.des éléments nor¬ 
maux de la salive de Vhomme; et en 1857, un mémoire sur le- 
rôle Au suc pancréatique, dans la digestion, des matières - 
grasses. '. 

- Ajoutons à ces divers travaux deM. Longet des m’4g?:c/ies 



sur la cûirtpositiün chimique de la salive; — sur'le lieu d'ori¬ 
gine et sur le mode d'enlrecrqiserrient des nèrfs optiques ; — sur 
d\es .particularités relatives à la sensibilité olfactive; — suria 
détermination des nerfs moteurs du voile du palais', ei sm (\\xû- 
ques autres nerts-des organes des sens ; — considérations 
sur les moyens de répartition de la sensibilité générale autour 
des orifices sensoriaux; -^ des recherches sûr-la portion cépha¬ 
lique du nerf.grand sympathique; — un mémoire sur la 
véritable nature des nerfs pneumogastriques et les usagés de 
leurs anastomoses; — une étude des mouvements de l'estomac 
dans leurs rapports avec le système 'nerveux; — et successive¬ 
ment,des recherches expérimentales sur la nature des mouve¬ 
ments propres, du poumon nn travail relatif à Vinfluence 
du système nerveux sur les mouvements du cœur ; — des expé¬ 
riences tendant à déterminer le . siège de la faim chez les ani¬ 
maux supérieurs;:,, -r- et enfin suivant une indication précitée,. 
des recherches expérimentales sur i'Mat de la glotte dans la 
rumination et sur les agents de son occlusion. . , 

: Telle est,, d’après une énumération exacte, mais simple¬ 
ment énoncée, la longue série.des: travaux scientifiques de 
notre éminent collègue, exposés par lui-même, avec soin,: 
en 1860, dans une notice, analytique pour sa candidature 
à l’Institut, insérés dans divers recueils périodiques ou bien 
reproduits dans ses œuvres. 

C’est en 1850. que M. Longet publie la première édition 
du Tràité de qihysiologie.; en 1861, la seconde édition,-et en 
1868 la troisième. Les trois volumes compactes de.ce grand 
ouvrage, accompagné de figures et suivi, à chaque page, de 
nombreuses annotations bibliographiques, attestent tout d’a¬ 
bord, chez l’auteur, l’exactitude et la loyauté des citations, 
comme preuve de savoir et comme acte de probité. Car 
M. Longet représente, à nos yeux, le savant honnête et loyal 
qui, loin de s’attribuer ou de passer sous silence les décou¬ 
vertes et les opinions des autres, se fait un scrupuleux 
devoir de les tirer de l’oubli, de les remettre en lumière, de 
les faire valoir enfin, comme elles le méritent, dût-il le faire 
aux dépens de ses propres travaux et au risque d’en amoin- 



- 7 — 

<lrir la valeur. Cela est bien, cela est beau et doit être signalé 
à l’attention de tous, comme un titre d’iionneur scientifique. 

Le Traité de 'physiologie est donc une œuvre considérable, 
inspirée à l’auteur par le succès de ses précédentes publica¬ 
tions et par un sentiment d’admiration pour les merveilleux 
phénomènes de la vie, . ' ' 

Il dérnontre, dans l’introduction, que cette importante étude 
ne peut être faite qu’au moyen de l’observation, de l’expé¬ 
rimentation et du raisonnement, si lentes, si difficiles ou si 
incertaines que soient les principales voies pour y parvenir. 

L’analyse historique de toutes les doctrines qui sê sont 
succédé, depuis la plus haute antiquité jusqu’à nos jours, 
sur l’explication des lois biologiques, l’étude comparée de 
l’origine des êtres organisés, dans la série animale, l’examen 
histologique des éléments ou des tissus du corps vivant et 
la recherche des intluences ou du mécanisme de leurs fonc¬ 
tions, tels sont les points savamment exposés dans cette 
introduction au Traité de physiologie. ' 

Ce n’est pas à nous etee n’est pas ici, je lieu ni le moment 
d’examiner l’œuvre de notre éminent collègue, comprenant 
dans son ensemble l’histoire complète et longuement suivie 
de toutes les fonctions, depuis la digestion, l’absorption, la 
respiration, la circulation, les sécrétions, la nutrition et la 
chaleur animale, jusqu’aux fonctions des mouvements, dé la 
voix, des sens, du système nerveux et des nerfs, de la géné- 
ration enfîn, de la reproduction dans l’espèpe humaine, de 
l’accouchement, de l’allaitement et des âges. 

L’auteur de cet immense travail remonte des phénomènes 
fonctionnels de la vie aux lois qui les régissent, et vérifie ou 
constate, par de nouvelles expériences de vivisection, les 
découvertes déjà faites avant lui. Tl-s’attache surtout à celle 
qui semblait, à ses yeux, dominer toutes les autres, à l’admi¬ 
rable découverte de Charles Bell, sur la différence e-sentielle 
dans le fonctionnement des cordons antérieurs et des cordons 
postérieurs de la molle épinière, eu égard à-la motricité et 
à la sensibilité. : ■ . : 

Ainsi procède Longet dans toutes les parties de l’ouvrage 



— 8 — 

qui doit illustrer'son nom, comme un monument élevé par 
lui, en France, à la gloire de la physiologie. 

Les travaux de notre savant collègue, autres que ^oï\~Traité 
de physiohgie et son Traité du système nerveux, sox\i insérés 
dans diversrecueils périodiques, notamment dans les Comptes 
rendus de l'Académie des sciences, dans les Archives générales 
de médecine, dans les Annales des sciences naturelles, dans-les 
Annales de chimie et de physique, et enfin dans les Annales 
médico-psychologiques, dont il avait été l’un des fondateurs. 

Longet nous représente, au point de vue de la pliysiologie 
expérimentale, le très-habile continuateur de Charles Bell, 
de Magendie' et de Flourens, le digne éraiile de nos éminents 
confrères MM. Claude Bernard, Jules Béclard et Vulpian, qui 
ont imprimé, comme lui, à cette importante application de 
la sciencé, le cachet de l’exactitude et de la précision. 

Élu, dans la séance du 6 mai 18ti5, et à l’âge de trente- 
quatre ans, membre de l’Académie de médecine, dans la 
section d’anatomie et de physiologie, par la presque unani¬ 
mité des suffrages, M. Longet en témoigne, dès le 26 août 
suivant, toute sa gratitude à l’Académie, par la lecture de 
son intéressant Mémoire sur les troubles qui surviennent dam 
Véquilibre, la station et la locomotion des animaux, apr'es iü 
section des parties molles de la nuque. - ' • i - ‘ 

Voici l’analyse qu’il a faite lui-même de ce mémoire dans 
la Notice sur ses travaux scientifiques: 

« On a avancé, dit il, et les physiologistes ont admis que 
» le liquide céphalo-rachidien était nécessaire à l’exercice 
» régulier des organes du mouvement, et que sa soustraction 
» occasionnait un trouble notable des-facultés locomotrices; 

» Ayant évacué ce liquide, entre Toccipital et l’atlas; 
» après avoir divisé les parties qui recouvrent l’espace occi- 
» pito-atlo'idien postérieur, M. Longet a vu, en effet, les ani- 
à maux abandonnés à eux-mêmes, chanceler, comme s’ils 
» étaient ivres, leurs corps se balancer de tous côtés, comme 
)j s’ils étaient successivement sollicités par des forces antago- 
)) nistes ; mais chez les mêmes animaux, s’étant borné à 
» inciser les parties,molles delà nuque, sans donner issue au 


— 9 — 

» liquide céphalo-rachidien, il a observé, avec quelque 
» surprise, les mômes phénomènes, jusqu’alors attribués à 
» la soustraction de ce liquide. 

» M. Longet crut, dès lors, nécessaire de faire écouler le 
» liquide céphalo-rachidien, sans léser les parties rnüscü- 
V laires et ligamenteuses de la partie postérieure du cou. H 
» dut varier, à cet effet, les expériences et ne tarda pas à 
» reconnaître d’abord la possibilité d’évacuer le liquide au 
» niveau du lieu d’élection, sans couper les parties molles 
» du cou et sans provoquer les effets indiqués. 

» Il a constaté au contraire' que, sans évàcuer le liquide 
» et en divisant seulement les. parties molles de la nuque, il 
» déterminait aussitôt la perte immédiate de; toute faculté 
» de station et de locomotion régulières. » 

Notre honoré collègue a du reste reconnu le premier, avec 
une entière bonne foi, que le résultat de cétte expérience 
offre la plus:grande analogie avec les lésions directes du 
cervelet, comme l’avaient démontré les viviséctions prati¬ 
quées par Flourens. 

J’ai cru devoir reproduire l’analyse très-sommaire de ce 
mémoire, non seulement pour rappeler le seul travail com¬ 
muniqué par l’auteur à l’Académie, mais encore pour donner 
un aperçu dé sa manière d’écrire. 

Il a pris part ensuite, en 1847, à la discussion pleine d’in¬ 
térêt et de nouveauté sur la re^'pifation dès vapeurs éthérées^ 
comme agent anesthésique, en fournissant les résultats de 
ses intéressantes recherches de physiologie expérimentale. 

M. Longet a enfin, en 1850, porté la parole, -au nom dé 
l’Académie, aux obsèques de M. François A lard, auquel il 
allait succéder comme médecin en chef de la maison de la 
Légion d’honneur. . ' ' 

A dater de cette époque, et en raison peut-être dé la mul¬ 
tiplicité de ses occupations, notre collègue n’a plus assisté 
que rarement aux séances de l’Académie de médecine, mais 
il n’y manquait, presque jamais, pour les élections nouvelles.' 

11 était, depuis longtemps, membre de la Société philoraia- 
thiquei;cette modeste pépinière de l’Académie des sciences 



— ]Ü — 

qui, aulreibis,a recruté dans 3 on sein les Cuvier, les Geoffroy 
Saint-Hilaire, les Duméril et tant d’autres savants illustres 
s’honorant de lui àvoir appartenu. 

Appelé, suivant .ses vœux, par un décret du .7 juillet 1859, 
à la chaire de physiologie de la Faculté de médecine, pour 
y remplacer le professeur Pierre Bérard, M. Longet est élu, 
comme à l’Académie demédecine, presque à l’unanimité des 
sutfrages, et consacre désormais la plus grande partie de 
ses- forces et de son temps à la haute mission qu’il devait 
remplir pendant douze annéesV 
C’est avec un soin extrênie et à l’aide.de toutes ses res¬ 
sources que le professeur Longet prépare d’avance chacune 
de ses leçons, en regrettant, néanmoins, rinsuffisance des 
locaux de la Faculté, où il aurait voulu établir un vaste labo¬ 
ratoire de physiologie. ■ - 

li sait si bien tout ce qu’il prend à tâche d’apprendre aux^ 
élèves, que sans avoir passé par les épreuves du concours oa 
par ,l’exercice de l’agrégation, mais fort accrédité par l’en¬ 
seignement libre, il parvient sans peine à professer en maître,, 
avec méthode et autorité, dans un langage simple, correct, 
toujours clair et souvent animé. U complète son talent d’ex¬ 
position par l’habileté du dessin qui frappe les yeux, et'il tie 
borne pas son cours à l’histoire dogmatique des progrès 
de la physiologie, ou à la discussion des théories admises;; il 
y joint la démonstration pratique des phénomènes delaA’ie, 
par des expériences nombreuses et variées de vivisection,, 
qu’il exécute du reste avec autant de ménagement que de 
dextérité, en s’aidant du secours de l’anesthésie. ’ 

Ces douloureux sacrifices pour la science, en opposition 
avec lés sentiments naturels de l’humanité où combattus 
par les sociétés protectrices des animaux, révèlent cependant 
de tels bienfaits pour l’art et de si utiles applications, que 
le professeur Longet, comme Magendie et Claude Bernard, 
au Collège de France, a le mérite d’instituer la physiologie 
expérimentale à la Faculté de médecine. ' 

Candidat à l’Académie des sciences en 1856, il échoue une 
première fois, se présente de nouveau, et est enfin nommé 



— Il — 

le 24. décembre ■!860, .dans la section d’anatomie et de 
zoologie, en remplacement de son vénéré doyen, Constant 
Duméril. 

M. Longet avait déjà communiqué à l’Académie divers 
travaux importants que nous avons rappelés ou qui ont été 
récompensés par elle, mais son principal titre aux suffrages 
de l’Institut devait être le ■ 

11 a consacré quinze ans de sa. vie et ufie prodigieuse acti¬ 
vité à l’immense labeur de cet ouvrage. La dernière édition 
surtout lui a coûté bien des peines, bien des veilles, et pour 
ceux de ses confrères ou de ses amis qui en ont été témoins, 
comme nous, il aura puisé, dans ce travail excessif, les 
atteintes de la nraladie de poitrine dont il, était menacé déjà; 

et à laquelle il devait bientôt succoniber., .: 

iM. Longet, voué tout entier à ses devoirs, officiels èt à ses 
études de prédilection, se préoccupait fort peu de clientèle pri¬ 
vée, pour laquelle il ne ressentait d’ailleurs ni.le goût, ni l’ap-, 
litude nécessaires, pas plus que pour rechercher la fortuné, 

• Il avait eu, d’un premier mariage, deux filles qu’il avait 
dotées de ses économies, en les unissant l’une et l’autre à 
des médecins éloignés de Paris. Mais devenu veuf et se. trou¬ 
vant ensuite dans;une solitude d’autant plus pénible qu’iL 
avait besoin d’être entouré de. soins et d’affection, il épousa 
une femme;de cœur et, d’esprit, digne de soulager ses:souf-: 
frances et d’apprécier son mérite. ; 

Notre cher collègüe était heureux de ce changement de 
situation, et avant la fatale guerre de 187Q,ir partit avec.sa 
nouvelle épouse, pour entreprendre un voyage, qu’il avait 
l’habitude de faire, tous le.s ans, dans le Midi.. . 

Il avait voulu d’abord aller à Royat, prendre les eaux, 
mais.il en fut .empêché par J a force des événements éti;'se 
rendit à Montpellier, au voisinage de la Faculté de médecine, 

, dont plusieurs professeurs étaient ses amis. ' ;■ 

Longet passa là quelque temps, fort.inquiet de ceux qu’il 
laissait à Paris au rnilieu du siège. Il avait hâte ,de; savoir 
leur sort, dès que rarmistice lui permit de leur adresser.un 
souvenir qui devait être un adieu. ' - 



— 12 — 

. C’est ainsi qu’il me faisait parvenir la lettre suivante : 

«Montpellier, 1®" février 1871. 

» Mon,cher, Larrey,. 

» La main me tremble d’émotion, en vous écrivant ces 
» lignes, les premières qu’on nous autorise à envoyer à Paris, 
» depuis cinq mois! — C’est avec la plus grande anxiété que 
« j’attends de vos nouvelles par le plus prochain covrrier. 

» Je vous embrasse bien tristement du fond du cœur. 

• » Votre ami, 

• » Longet. » 

Ces quelques mots disent assez qu’il n’oubliait pas, car 
partout sa pensée douloureuse se reportait sans cesse vers les 
affections séparées dè lui. 

^ Le climat de Montpellier, qui lui avait fait quelque bien, 
n’empiêcha pas une recrudescence de pleurésie chronique 
de se ^déclarer, avec quelques troublés dans la circulation. 
M-Longet se rendit alors a Nice, auprès de son neveu, attaché 
à rhôpital militaire. 

. passa ensuite quelques jours à Cannes,'dont la douce 
terhpérature lui était salutaire, et il se disposait enfin à 
rentrer à Paris, lorsqu’à Marseille il apprit l’insUrreetiori de 
la Gonimune, et dut s’arrêter à Bordeaux. Là, il se sentit 
miecrx et nom moins bien accueilli qu’à Montpellier, notam¬ 
ment dans la famille de fhonorable docteur Oré. 

La santé de noire cher Longet semblait s’améliorer dans 
ce nouveau milieu, mais son esprit s’affectait profondément 
à: la pensée de nos désastres. 

Ceux qui ont pu connaître et apprécier; comme nous,, cette 
nature Irànche, sympathique et généreuse, mais sensible jus¬ 
qu'à l’excès de la susceptibilité; ceux qui ont compris cette 
âme aûcèssible aux impressions les plus vives, mais quelque¬ 
fois trop soudaines, trop brusques ou même trop violentes, 
ceuxdà comprendront aussi ce que notre digne confrère a 
dû souffrir, pour concentrer ‘en lui-même et, encore plus, 
pour dissimuler à sa chère femme toutes ses inquiélüdes, 
toutes ses angoisses. 



— 13 — 

Ce fat dans la matinée du 20 avril que, se trouvant assez 
reposé, il cherchait à distraire M“" Longet par l’une de ses 
aimables causeries et souriait à sa présence, lorsqu’il s’affaissa 
tout à coup sur lui-même.et resta immobile, la tête renversée, 
la:face,vultueuse, les yeux saillants, ne parlant plus, ne res¬ 
pirant plus; détait mort. . , 

Notre honoré collègue, dans la triste prévision de sa fin pro¬ 
chaine, s’y.était préparé, nori^seulement par les dispositions 
testamentaires les plus sages, mais ericore avecdes sentiments 
religieux les plus élevés, protestant, pour lui comme pour 
bien d’autres, contre le reproche de matérialisme ou d’a¬ 
théisme; vulgairement adressé aux savants, et surtout aux 
médecins. , ■ 

Sa mort subite, considérée comme résultant d’une apo¬ 
plexie pulmonaire, pouvait dépendre aussi d’une syncope, 
terniinaison observée quelquefois dans certaines affections 
cardiaques. Tel est du moins l’avis du docteur Larivière,. 
médecin en chef de l’hôpital militaire de Bordeaux, auquel 
j’avais demandé des renseignements sur la fin de notre 
malheureux confrère. L’autopsie n’,a pu ou ne pouvait être 
faite, pour démontrer les- lésions qui avaient détruit cette 
belle, existence. . . . 

Longet n’avait pas tout à fait soixante ans lorsqu’il a cessé 
de vivre, et encore les six dernières années de sa vie furent- 
elles troublées par une lutte incessante contre les atteintes 
de la maladie et les abus du travail; car il aimait le travail 
dépassions non-seulement pour produire et pour enseigner, 
mais encore pour apprendre et pour savoir. Il l’aimait aussi 
poqr juger les autres, en se. jugeant lui-même, avec la con¬ 
science de Ja probité, scientifiqué. 

Il concevait vite et il exprimait bien une idée nouvelle, 
mais il ne l'écrivait d’une manière définitive qu’après une 
èlaboraiion lente et prolongée. Son style, en effet, élé¬ 
gant et. clair, semble parfois attester les efforts de l’auteur 
pour trouver les mots les mieux appropriés à sa pensée. 
Ce mérite ou cette qualité devenait envers lui-même un 
tort ou.un défaut, puisque de là devait résulter un excès 



Ih — 

de fatigue pour celle organisation délicate et maladive. 

Rappellerai-je ici l’image de notre regrettable collègue, 
l’ensemble si distingué de sa personne, l’allure franche et 
ouverte de ses manières, cette belle tête dont le front vaste 
et harmonieux reflétait tant de savoir, ce regard par¬ 
lant, anhné tantôt d’une charmante douceur, tantôt d’une 
énergique vivacité, ou bien d’une profonde mélancolie, 
cette bouche enfin pleine de finesse et de grâce, sachant si 
bien exprimer toutes les inspirations de là pensée ou du 
cceurî 

Mais cette intelligence si élevée, cet esprit si séduisant, ce 
caractère si digne ne se prêtaient pas à certaines exigences 
sociales. Longet se déclarait ardent, passionné ou exclusif 
dans ses sentiments pour ceux qu’il n’aimait pas, Comme 
pour ceux qu’il aimait. Il ne savait point faire la part in¬ 
dulgente des faiblesses ou des défaillances humaines, des 
jalousiesou des rivalités confraternelles, et il se montrait trop 
entier, trop absolu dans ses éloignernen'ts de même que dans 
ses attractions; 11 n’avait rien de banal dans son premier 
mouvement, et s’il s’empressait de donner à un ami une 
cordiale poignée de main, il n’hésitait pas â s’y refuser 
envers quiconque, à tort ou à raison, n’avait pas ses sym¬ 
pathies. - 

11 témoignait toujours beaucoup de bienveillance aux 
élèves travailleurs qui suivaient ses leçons ou réclamaient 
ses conseils, tandis qu'il écartait sévèrement ceux qui man-' 
quaient de zèle.pour l’étude et ne méritaient pas, à ses yeux,' 
l’intérêt du maître. 

, M. Longet, enfin, avait une valeur vraie; il était lui, en 
un mot, 0 U 3 comme on dit à présent, il était quelqu’un et 
comptait pour quelque chose. 

. Mais il est mort sans laisser de fortune et à peine de quoi 
vivre à sa veuve, qu’il recommande, dans son testament, à 
quelques amis, pour lui faire obtenir auprès du ministère 
de l’instruction publique et de la grande chancellerie de la 
Légion d’honneur aide et protection. 

Un service funéraire a été célébré à Bordeaux, le surlen- 



— 15 — 

demain de son décès, au milieu d’une foule empressée de 
médecins civils et de médecins militaires. 

Parmi eux se trouve, aujourd’hui, à côté de nous, le 
neveu de notre regretté collègue qui l’aimait et le protégeait 
comme un fils, en souvenir de la fraternelle assistance qu’il 
avait reçue, autrefois, du père de ce jeune et estimable 
médecin de l’armée. 

Il y a peu de jours enfin, dans la matinée du 2k no¬ 
vembre, des amis, des confrères, des disciples du professeur 
Longet, convoqués à la gare d’Orléans pour y recevoir 
son cercueil, l’accompagnaient à Saint-Thornas-d’x\quin. 

Longet, dans l’élan de sa tendresse, était allée le 
chercher, toute seule, à Bordeaux, sans laisser fléchir son 
courage. C’était un douloureux devoir, après une séparation 
mortelle, datant déjà de sept mois ! Les rigueurs de nos 
calamités publiques et des empêchements de famille en 
avaient décidé ainsi. 

Nous venons, messieurs, de retirer ce cercueil des caveaux 
de l’église où il avait été déposé, pour le conduire, sous la 
neige, à sa sépulture dernière et rendre les honneurs funèbres 
à celui dont j’ai essayé de vous retracer la vie et les travaux. 

Le plus digne de tous les hommages qui lui sont dus, ce 
n’est pas seulement d’avoir été un savant illustre, un grand 
physiologiste, c’est aussi d’avoir été, en même temps, un 
homme de caractère et un homme de cœur. 

L’Académie m’autorisera, je l’espère, à lui adresser, pour 
elle, ce suprême adieu. 


rue Mignon, 2. 


Paris. — Imprimerie de E. Mautinkt,